L’ouverture des camps en France

Les camps d’internement ne sont pas une création du gouvernement de Vichy. Ils ont été institués sous la 3e République par le décret du 12 novembre 1938 de Daladier. Ce décret prévoit l’internement des « indésirables étrangers ». Les premiers internés sont dans le sud de la France. Ce sont les réfugiés espagnols qui fuient l’Espagne franquiste. Le décret du 12 novembre 1938 s’élargit avec la loi du 18 novembre 1939 qui permet l’internement « de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ».

Le 30 septembre 1940, le chef de la gestapo parisienne Boemelburg envoie à son supérieur le télégramme suivant : « Tous les communistes actifs connus et les fonctionnaires dont on peut attendre qu’ils puissent rédiger et distribuer des tracts ou être actifs d’une autre façon doivent être arrêtés et transférés dans un camp. » Le premier camp d’internement ouvert en zone occupée, Aincourt, découle directement de la lutte anticommuniste dans la région parisienne, après l’accord, en octobre 1940, des autorités allemandes pour la politique répressive entreprise par le gouvernement de Vichy. Entre 1939 et 1941, plus de 200 camps sont ouverts en France.

Déchu de son mandat de député de la Seine et de conseiller municipal de Saint-Denis en 1939, Fernand Grenier fut arrêté le 5 octobre 1940 et interné à Aincourt, puis à Fontevrault, Clairvaux et enfin Choisel, d’où il s’est évadé le 19 juin 1941. Il nous raconte ici la détention arbitraire des communistes dans les prisons et camps français dès 1939.

De l’arrestation à la détention “administrative”

À la suite du pacte germano-soviétique en 1939, le Parti communiste français et ses différents organes sont interdits, et ses élus déchus de leurs mandats. Les premières arrestations de résistants militants ont lieu dès août et septembre 1939. Elles concernent, en particulier, des syndicalistes et des communistes. Le 5 octobre 1940 ont lieu des arrestations massives. 300 militants communistes et syndicalistes de la région parisienne sont arrêtés par des policiers français, à l’instigation des autorités allemandes, comme présumés auteurs ou instigateurs de premières manifestations d’hostilité à l’occupant. Ils sont parqués au Stade Jean-Bouin, à Paris, puis dirigés vers le camp d’Aincourt.

Après avoir reçu en transit des prisonniers de guerre dans un premier temps, le camp de Choisel, à Châteaubriant, accueille depuis mars 1941 des nomades raflés sur les routes, puis des trafiquants, souteneurs, filles publiques condamnées à des peines légères. C’est à la fin avril que les premiers “internés politiques” arrivent. Il s’agit essentiellement d’ouvriers des arsenaux et de marins bretons, connus comme militants du PCF ou de la CGT. Début mai, quelque cent cinquante militants arrêtés dans la région parisienne et venant des centrales de Poissy puis Clairvaux viennent grossir les rangs.

André Grillot et Louis Dubois, deux anciens internés politiques du camp de Choisel, ainsi que Jacqueline Timbaud, fille du dirigeant syndicaliste fusillé Jean-Pierre Timbaud, témoignent de la chasse aux communistes en 1940, tant par le gouvernement de Vichy que par l’Occupant.

Parcours de détention des femmes

Parcours de détention des hommes

Vous trouverez sur ces fichiers pdf un parcours de détention classique pour les femmes, d’un côté, et celui pour les hommes, de l’autre côté.

La vie dans les camps

Les conditions de détention dans ces camps s’avèrent difficilement supportables : baraquements de bois mal isolés, faibles rations de nourriture, literies rudimentaires… Les internés prennent eux-mêmes en charge les travaux d’aménagement dans le camp, le nettoyage, certains soins et une partie de la cuisine. Pour améliorer l’ordinaire à table, ils cultivent quelques légumes et collectivisent les colis reçus. Et pour combattre l’oisiveté, ils organisent différentes activités – lecture, sport, théâtre, musique, menuiserie, etc. – jusqu’à mettre en place une “Université de Choisel”, grâce à laquelle des détenus donnent des cours à d’autres détenus.

Elles étaient quatre femmes parmi les plus jeunes du camp de Choisel. Avec quelques autres, elles se sont surnommées les « Bistouillardes ». Paulette, Marguerite, Odette et Jacqueline se souviennent de leur arrivée à Choisel et de leur accueil par les hommes, le 16 septembre 1941…