Les premières fusillades

Après l’attaque de l’Allemagne hitlerienne contre l’Union soviétique en juin 1941, le pacte de non-agression entre les deux nations devient caduc et la Russie entre en guerre. Dès lors, la Résistance prend une nouvelle dimension dans les pays occupés. Le parti communiste clandestin s’engage dans la lutte armée. Sabotages et attentats se multiplient. Pour tenter de briser toute véléité de résistance et d’isoler du reste de la population ceux qu’ils considèrent comme des « terroristes », les nazis ripostent par des fusillades massives d’otages prélevés dans les camps d’internement et les prisons. Les avis d’exécution fleurissent sur les murs des villes et dans les journaux collaborationnistes. Les détenus savent quel sort peut les attendre. C’est dans cette circonstance que, le 20 octobre 1941 à Nantes, trois membres de l’Organisation Spéciale (branche armée du PC) commettent un attentat mortel sur le Feldkommandant Karl Hotz…


L’exécution de la Sablière

Le mardi 21 octobre, la garde du camp est relevée par les Allemands. Certains responsables ont eu vent de l’attentat de Nantes et beaucoup s’interrogent sur les conséquences à venir. Un soulèvement des internés est évoqué, mais l’idée est vite écartée : il y aurait beaucoup trop de morts.

Le mercredi 22, le lieutenant Touya appellent 16 personnes de la baraque 19, celle des otages, et 11 autres dans différentes baraques. Ils sont réunis dans la baraque 6, où ils reçoivent la visite de l’abbé Moyon, qui se chargera de récolter les dernières lettres à leurs proches. Les planches de la baraque serviront également à recueillir leurs derniers messages.

À 15 h 15, les camions les transportent à 2 km de là, dans une sablière où les attendent neuf poteaux plantés de 5 m en 5 m. Les condamnés vont refuser d’avoir les yeux bandés et les mains attachés. Jusqu’au bout, ils chanteront la Marseillaise.

 Une formidable réaction populaire

Voyant les otages traverser leur ville en ne cessant de chanter, les Castelbriantais se découvrent respectueusement. Dès le lendemain, ils tiennent à se recueillir et à déposer des fleurs au pied des poteaux. À Choisel, les internés saisissent aussi chaque occasion de rendre hommage à leurs camarades disparus. À l’Assemblée Nationale, plusieurs députés reprochent au ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu d’avoir lui-même fait établir la liste des otages et de ne pas avoir laissé cela aux Allemands. Le courage de ces hommes innocents est très vite salué, honoré. À la demande de Jacques Duclos, fort de tous les renseignements pris sur place, le poète Louis Aragon transcrit cet épisode dans Le Témoin des Martyrs, qui va être imprimé en tract, diffusé dans toute la France en 1942 et lu à l’antenne de Radio-Londres et Radio-Moscou. On assistera dès lors à un retournement de l’opinion publique en défaveur de l’occupant…

Ceux de la Blisière

Après le 22 octobre, l’angoisse persiste chez les détenus du camp de Choisel, surtout pour ceux de la baraque 19, persuadés d’être en sursis. Et en effet, la fusillade du 22 n’est que la première d’une triste série. À la suite de nouveaux attentats à Paris, les Allemands décident de fusiller 100 otages. 9 d’entre eux sont extraits du camp de Choisel. Cette fois, c’est au lieu-dit la Blisière, dans la forêt de Juigné à l’est de Châteaubriant, que ces otages sont fusillés, après avoir écrit leurs dernières lettres dans une petite guinguette à proximité. Leurs noms : Baroux, Babin, Jacq, Agnes, Vigor, Thoretton, Gosset, Pillet et Perrouault.

En 1942, d’autres prélèvement d’otages du camp de Choisel auront lieu, le 7 février (9, dont 3 seront fusillés), le 7 mars (2 fusillés), le 7 avril (2 fusillés) et enfin les 23 et 29 avril (6 fusillés). En six mois, 57 internés auront été pris comme otages ; 48 auront été fusillés et 9 envoyés en déportation.

Les personnalités

Cette rubrique est en cours de réalisation. Notre objectif est de proposer la fiche individuelle de chaque détenu des camps, à commencer par les fusillés.